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La Chronique Agora
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La Chronique Agora est une lettre e-mail quotidienne unique en son genre, mêlant informations sur la finance et l'économie, conseils d'investissement, réflexions sur la marche du monde, et bien d'autres choses encore ! Rédigée par Philippe Béchade, Bill Bonner (auteur des best-sellers L'Inéluctable faillite de l'économie américaine et L'Empire des dettes) et toute leur équipe, La Chronique Agora distrait et passionne ses lecteurs depuis 2002.

  • Infrastructures, plomb et bois

    ** Ma passion pour les infrastructures est une chose qui remonte à ma plus tendre enfance ; c'est une conséquence naturelle, et profondément enracinée en moi, de mon éducation. Mon père, ancien maire d'une petite ville de l'ouest de la Virginie, a travaillé sans relâche pour reconstruire notre petite version désuète du confort du sud, en partant de rien. Pour le meilleur ou pour le pire, je l'ai toujours accompagné.

    - Mes amis travaillaient dans des fermes. Je passais mes après-midi et mes samedi matin à chercher des fuites d'eau. Ils conduisaient des tracteurs John Deere. J'étais tout le temps sur une pelleteuse Caterpillar.

    - Aux alentours de 1982, une fuite d'eau assez importante, au sud de la ville, a nécessité les pioches et les pelles. Ces appels n'ont jamais été une routine. Les fuites d'eau municipale sont une affaire sérieuse.

    - En effet, les fuites d'eau remontent rarement à la surface à l'endroit précis où le tuyau est percé. La plupart du temps, les routes en bitume et les trottoirs la font dévier et l'obligent à ruisseler longtemps le long de la voie avant d'atteindre la surface. Certaines fuites ne remontent d'ailleurs jamais.

    - Ce qui signifie qu'il ne suffit pas de creuser un trou sous une flaque sous pression. Les équipes de maintenance vérifient plusieurs jauges de pression et de profondeur afin de trouver l'endroit exact. Et ce n'est pas sans raison. Creuser des routes coûte cher. Les villes (particulièrement les petites villes) ne font pas de trous dans les routes à moins d'être sûres d'avoir localisé le problème avec précision.

    ** Donc, en cet après-midi printanier, mon père et son équipe étaient convaincus d'avoir trouvé la fuite. En effet, à quelques pas de là, ils avaient raison. Un tuyau percé n'avait rien de surprenant. En revanche, le fait que ce tuyau soit un tronc évidé en a certainement surpris plus d'un.

    - Les troncs évidés ont été utilisés comme premier matériau d'acheminement d'eau potable et d'évacuation d'eaux usées. Peu à peu, les constructions en bois ont été remplacées par un matériau plus durable. Les troncs ont laissé la place au plomb.

    - Selon Marc Edwards, professeur de génie civil à Virginia Tech, les Etats-Unis ont encore aujourd'hui plus de cinq millions de tuyaux en plomb dans leur infrastructure. Edwards dit :

    - "Le plomb est un bon matériau de plomberie, parce qu'il est solide et ne se perce pas. Malheureusement l'infime quantité de plomb qui passe dans l'eau est suffisante pour causer de graves problèmes de santé. Plus récemment, nous avons découvert que des parties des tuyaux ou de brasure se détachent et se répandent dans l'eau en petits morceaux. C'est très inquiétant car, dans certains cas, si vous êtes malchanceux, vous risquez de boire un verre d'eau qui pourrait contenir une quantité importante de plomb, une dose parfois aussi forte que si vous aviez ingéré un copeau de peinture au plomb".

    - Edwards estime qu'il faudrait 1 000 milliards de dollars pour régler définitivement le problème.

    - Pour vous faire une idée : Mattel, qui commercialise les jouets Barbie, Barney et Dora l'Exploratrice, a fait rappeler neuf millions de jouets parce que les produits contenaient de la peinture au plomb.

    - Les parents ont été scandalisés. La Chine a été conspuée. Tous les journaux du pays en ont fait leurs gros titres. Zhang Shuhong, propriétaire de Lee Der Industrial, une entreprise qui fabrique des jouets pour Mattel, s'est pendu dans un hangar de l'entreprise suite à l'incident.

    - L'empoisonnement au plomb chez les jeunes enfants peut entraîner de graves problèmes neurologiques. Mais comme l'indique Edwards, "il n'existe aucune loi qui ordonne que l'eau soit testée, ou que la plomberie soit remplacée... seuls 10% des écoles américaines ont fait tester leur eau de consommation ces dernières années".

    - Pendant ce temps, nous continuons à boire l'eau qui s'écoule de notre robinet.

  • Le rhodium, ce petit métal qui monte, qui monte (2)

    Par Emmanuel Gentilhomme (*)

    Le rhodium, l'un des pions du damier russe
    L'importance de la Russie sur le marché du rhodium est inversement proportionnelle à sa production. Vous allez voir, c'est relativement simple : l'Afrique du Sud est un pays stable, dans lequel des sociétés écoulent leur production à peu près librement. Comme les mineurs sont privés, et souvent cotés en Bourse, on peut essayer de prévoir leur production. Pour l'instant, elle n'est pas attendue en hausse.

    Les choses sont très différentes en Russie. Le Gokhran ne laisse pas forcément sortir du pays tout le métal extrait. Parfois, il coupe purement et simplement le robinet. Mais les mines russes, elles, continuent de produire, même au ralenti. Donc le Gokhran constitue et gère un stock de rhodium dont le marché ne sait rien, si ce n'est qu'il existe, et qu'il est unique en son genre.

    L'équilibre du marché n'est atteint que par le déstockage russe
    Depuis 1998, la demande de rhodium a été multipliée par deux. Sur dix années, six se sont soldées par des déficits, dont les quatre dernières. Déduction logique : l'équilibre du marché n'est atteint que par déstockage.

    Les matières : une véritable arme économique et financière
    A la différence de Boris Elstine, Vladimir Poutine a bien compris que les matières premières sont des armes : non seulement elles expriment la puissance d'un pays, mais si elles sont bien gérées, elles lui permettent de la financer. Ce n'est pas Gazprom qui prouvera le contraire...
    Depuis son accession à la présidence russe, l'ancien lieutenant-colonel du KGB est revenu sur les déstockages massifs décidés par son prédécesseur, que cela concerne l'uranium, le palladium, ou le rhodium. En 2000, l'offre russe était de près de 300 000 onces (oz), avec un cours moyen du rhodium de 2 000 $/oz. Elle devrait être de seulement 70 000 oz en 2007, avec un cours moyen de... 6 000 $/oz.

    Les Chinois jouent au mah-jong, les Russes sont des joueurs d'échecs...
    Petit calcul : en se basant sur le cours moyen, la production russe de 2000 a rapporté 578 M$, et celle de 2007, 424 M$. Soit 26% de recettes en moins pour une offre réduite de... 75%. Cela vaut le coup, et permet de faire durer le plaisir... Comme les Chinois jouent au mah-jong, les Russes sont des joueurs d'échecs.

    A la différence de certains états que nous n'affligerons pas en les nommant, ces deux-là savent où ils veulent aller et préparent leurs coups longtemps à l'avance. Ce n'est pas l'ancien champion du monde de cette discipline, Garry Kasparov, qui dira le contraire. Il ne le pourrait pas de toute façon : il vient de passer cinq jours en prison pour opposition à Vladimir Poutine et doit être surveillé par des imperméables dissimulant mal des agents du FSB... Tant et si bien d’ailleurs qu’il vient de jeter l’éponge pour les élections de mars. Pressions ?...

    Les prix devraient se maintenir l’an prochain
    Ceci dit, me direz-vous, on constate que le déficit de rhodium se réduit constamment depuis 2005. Alors, bientôt le retour des excédents et des prix en baisse ? Ecoutons ce qu'en pense notre analyste préféré, Wolfgang Wrzesniok-Rossbach, salarié émérite du fondeur-affineur allemand de métaux précieux Heraeus : le 15 novembre, il écrivait : "le déficit de rhodium de 4 000 oz constaté cette année pourrait croître rapidement si les difficultés de production persistent en Afrique du Sud. Cette incertitude est probablement l'une des raisons pour lesquelles Johnson Matthey prévoit que les prix resteront élevés cette année comme l'année prochaine".

    Une nouvelle rubrique dédiée aux ETF
    Pour finir, nous avons constaté avec surprise qu'une nouvelle rubrique est apparue tout à la fin de l'Interim Review de Johnson Matthey. Nous avons vérifié sur les numéros de ces deux dernières années, pas de doute possible : la fin de la partie "Perspectives" comporte dorénavant une toute nouvelle rubrique ETF. Tiens donc. Ceux qui prétendent que les investisseurs ne jouent aucun rôle dans la hausse des matières premières devraient être saisis par le doute...

    Car un événement mondial est arrivé cette année : Johnson Matthey écrit que les premiers ETF sur les métaux platinoïdes (enfin, des ETC, des "matières premières négociées en Bourse") ont été lancés en Europe en avril et en mai derniers. Ces fonds sont "100% gagés sur du métal physique", et non sur des produits dérivés. Les lingots qui constituent la