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Peut-on mettre une femme à chignon à l'Elysée? Les candidats ont-ils vraiment besoin de dix longues secondes pour parler de leurs programmes? Pour qui vote la bourse de Francfort? Comment recycler les anciens Présidents de la République? Les réponses à toutes ces questions cruciales sont dans le Journal du futur, numéro spécial "A la recherche de la nouvelle star de l'Elysée". Et si avec tout ça les Français ne retrouvent pas le goût de la politique, alors franchement, c'est à désespérer.
La résistible ascension de Sarko 2.0, les bigoudis de la mort, la mise au pas des moines Shaolin et un département français dans la ligne de mire des post-néo-conservateurs… Mars 2043 est, c'est le moins que l'on puisse dire, un mois riche en événements inattendus.
Les rues et les bureaux se vident, l'économie réelle n'a jamais été plus menacée. Quand les permis de chasse aux réfugiés sont retirés, le consommateur moderne sait bien que la situation est grave. Mais qui va alimenter sa perfusion USB? L'heure est aux grands choix de société mais, bien sûr, depuis le confort rassurant de sa chaise de bureau.
Hormis la bonne nouvelle du lancement prochain de la campagne pour les élections actionnariales 2043, c'est plutôt la tristesse qui domine : mort probable d'un géant du pneu, mort du fameux Rêve Helvétique, mort du cimetière du Père-Lachaise et mort de jeunes consommateurs dans un terrible accident de la route, ravages des maladies tropicales au nord de la Loire, et enfin mort d'André Glucksmann. Non, pardon, à ce qu'on sache cette dernière disparition n'attriste personne.
Chats, dobermans, hamsters, méduses. Nos amies les bêtes ont-elles vraiment leur place dans l'utopie réalisée au sein de laquelle nous avons la chance de vivre? Garantes de notre bonheur et pétries de sagesse corporate, c'est bien sûr aux grandes entreprises de le dire.
Bonne année 2043! Et franchement, entre nous, faites un petit effort. Lamentables, vos cadeaux de Noël. Il va falloir redresser l'économie fissa.
Le "machin" n'aura pas survécu cent ans. Cela paraîtra court à certains, mais c'est déjà bien long si l'on compare cette période à celle où la communauté internationale fût effectivement consciente de son existence. L'Organisation des Nations Unies, disparaissant lentement dans cet anonymat honteux, a finalement décidé de s'auto-dissoudre dans une dernière et festive célébration de son absence criante de raison d'être. Le Journal du Futur, en exclusivité, couvre l'événement en direct de New York.
Si l'heure est à la modération pour les marchands d'armes, les appliqueurs d'autobronzant et les émeutiers en banlieue, elle est à l'inventivité pour les laboratoires, les DRH et les effets spéciaux télévisés.
Peut-on tolérer l'intolérable? Oui, bien sûr, mais combien de temps? Et pris dans les vapeurs de cannabis, serez-vous en mesure de comprendre les grands sujets de société de ce type sans l'aide de nouveaux décrypteurs professionnels, indépendants, non affiliés à quelle que loge que ce soit? Certainemnt pas. Mais nous, oui, on peut. Car nous savons prendre du retard. Non, du recul. C'est "recul", le mot qu'on cherchait.
L'heure est à l'écologie: on a retrouvé la dernière baleine vivante. Tandis que pour faire des économies de carburants, Air Clando invente le passager pliable. Avec en exclusivité dans ce journal, le programme des Fatwas de la semaine ! Qui sait, vous serez peut être un des heureux gagnants. Et bien sûr, plus important que la guerre, la malnutrition et les bons plans pour placer votre argent, les défilés printemps-été 2043 déversent leurs hectolitres de glamour sur la capitale mondiale de la mode.
Où l'on constate que le monde irait bien mieux si nos compatriotes agissaient de manière citoyenne. Collaborer, c'est très simple, cela ne demande que de la bonne volonté. Partons en croisade contre les mauvais éléments qui, grâce à la visiobiométrie, seront vite repérés.
Nous sommes le 11 septembre. Citoyens, restez calmes! Paniquer à l'excès est contre-productif. Nous vous dirons quand, où, comment paniquer, et dans quel accoutrement. Mais jusque-là restez bien tranquillement chez vous. Le Journal du Futur est votre ami. Sa présence est rassurante.
C'était l'heure des vacances, c'est-à -dire, pour les médias, l'heure des vrais grands sujets de société, traités avec sérieux et bien sûr sans racolage. Le Journal du Futur, pour sa dernière édition avant la rentrée de septembre, se pliait lui aussi à cette respectable tradition, lorsque l’annonce tragique de la mort du Président tomba sur les téléscripteurs. Il va sans dire qu’exceptionnellement, plus personne n’avait le goût à bronzer ou à kidnapper des enfants.