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Energie et développement durable
Articles pertinents
- Climat : alerte au méthane E&D
par Benjamin Dessus
Depuis quelques mois, pas un jour sans tribunes de scientifiques renommés sur l'urgence d'engager au plus vite une véritable guerre aux émissions de gaz à effet de serre, de stopper, mieux d'inverser leur croissance actuelle. Pourtant, en termes d'action, rien n'a vraiment changé. Tout le monde parle du gaz carbonique (CO2). Des autres gaz, en particulier du méthane, il n'est guère question, sauf pour faire écho aux inquiétudes des chercheurs devant la fonte du permafrost, qui pourrait libérer des quantités de méthane importantes et déclencher la dérive du climat.
Le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) le considère pourtant comme l'un des principaux gaz à effet de serre. Il proposait dès 1994 la notion "d'équivalent CO2" pour comptabiliser avec une seule unité de mesure les émissions des différents gaz dont les effets sur le climat sont d'ampleur et de longévité très différentes.
Ce coefficient de chacun des gaz avec le CO2 varie au cours du temps. C'est ainsi que le GIEC propose aujourd'hui un coefficient 7 pour caractériser les effets sur le climat de l'émission d'un kilo de méthane par rapport à celle d'un kilo de CO2 sur une période de cinq cents ans, de 25 sur une période de cent ans et de 72 sur une période de vingt ans.
Très vite c'est le coefficient du méthane à cent ans qui est devenu la règle pour la plupart des décideurs, ignorants de sa variation rapide avec le temps. Ce gaz est alors apparu comme marginal par rapport au CO2, puisqu'il ne compte dans ces conditions que pour 15 % du total des émissions, loin derrière le CO2 crédité de 76 %. Le débat s'est donc focalisé sur le gaz carbonique.
Mais, si l'échéance 2030 devient primordiale, l'analyse change du tout au tout : sur la base du coefficient d'équivalence à vingt ans, les 360 millions de tonnes de méthane émises chaque année au niveau mondial ont un effet intégré d'ici à 2030 équivalent à 26 milliards de tonnes de CO2, autant que le CO2 émis par l'ensemble des énergies fossiles.
Pourquoi le mot même de méthane n'est-il même pas présent dans la loi post-Grenelle en discussion au Parlement ? Pourquoi le "paquet énergie climat" européen est-il si muet sur la question du méthane ? Pourquoi, à de rares exceptions près, la communauté scientifique reste-t-elle silencieuse ? Outre l'inertie propre à tous les systèmes lourds, du GIEC aux administrations nationales et internationales, on peut trouver quelques raisons à cette apathie dangereuse.
D'abord, la crainte de la communauté scientifique de brouiller le message qu'elle martèle depuis longtemps non sans difficulté et de voir l'action basculer vers la réduction des émissions de méthane au détriment de l'effort indispensable sur le CO2. Ensuite l'hostilité des tenants de la bourse internationale du carbone, qui mêle tous les gaz à effet de serre sur la base des coefficients d'équivalence à cent ans, de voir contester la pertinence du produit nouveau "la tonne équivalent CO2" qui promet aux financiers d'intéressantes spéculations.
Enfin, la résistance passive de tous ceux que cela arrange de limiter la lutte contre le changement climatique aux questions énergétiques, les promoteurs du nucléaire en tête et, inversement, la crainte du monde agricole, au Sud comme au Nord, de se voir soudain accusé de tous les maux... Sans compter qu'il est facile de culpabiliser le consommateur sur ses émissions de CO2 (sa voiture, son chauffage, etc.) mais plus difficile pour celles de méthane, dont la réduction suppose des actions collectives et engage donc la responsabilité politique...
LE PET DES VACHES
Est-il possible de réduire significativement les émissions de méthane ? La question reçoit en général une réponse facile : "Le méthane, c'est le pet des vaches et la culture du riz ; si vous y touchez, vous allez affamer le monde en développement." Alors que la rumination des animaux domestiques et la culture du riz ne comptent chacun que pour 15 % des émissions mondiales de méthane, moins que celles des décharges d'ordures ménagères (23 %) ou que les émissions fugitives du système énergétique (33 %).
En fait, le potentiel de réduction des émissions de méthane à horizon de vingt ans est de l'ordre de 30 %, dont plus des deux tiers dans le secteur énergétique et la gestion des déchets. Il est donc parfaitement possible d'engager à court terme des programmes ambitieux de réduction des émissions de méthane, la plupart du temps peu onéreux, en complément de l'action indispensable sur le CO2.
Il est crucial que l'Europe se mobilise rapidement sur cette question et la porte au niveau de la Convention climat en proposant de définir des objectifs séparés pour le gaz carbonique et le méthane. La présidence française de l'Europe tient une occasion unique, à la conférence de Poznan, de faire des propositions et d'engager le débat sur cette question majeure pour notre avenir proche.
Benjamin Dessus est ingénieur et économiste.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/05/climat-alerte-au-methane-par-benjamin-dessus_1127311_3232.html
- Bataille pour lÂ’uranium au Niger E&D
La rébellion touarègue s’intensifie sur fond de concurrence franco-chinoise
Bataille pour lÂ’uranium au Niger
Des niveaux de radiation gamma jusqu’à cent fois supérieurs à la normale.
Le 15 mai 2008, la Cour suprême du Niger a rejeté la demande de remise en liberté provisoire de Moussa Kaka, correspondant de Radio France Internationale. Le journaliste est incarcéré depuis huit mois en raison de ses contacts avec la rébellion touarègue. En février 2007, celle-ci a en effet repris les armes pour réclamer un plus juste partage des revenus de l’uranium. Quelque quatre-vingt-cinq militaires ont déjà trouvé la mort dans la région d’Agadez, où opère le groupe nucléaire français Areva.
Par Anna Bednik
« Si la lutte est la seule voix qui puisse être entendue, tel est notre choix », annonce le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) (1), formation à majorité touarègue qui, douze ans après les accords de paix du 24 avril 1995 entre le gouvernement et une première rébellion armée, a repris le combat contre le pouvoir central. S’étendant jusqu’à la zone du lac Tchad, dans le sud-est du Niger, les affrontements ont débuté en février 2007 dans la région d’Agadez, au centre du pays.
Composé essentiellement d’anciens rebelles rejoints en 2007 par des transfuges de l’armée régulière et par certains élus locaux, le MNJ multiplie les attaques contre des sites militaires et des symboles de l’Etat. Outre l’application effective des accords de 1995 (qui prévoient notamment la mise en place de la décentralisation), il réclame le transfert de 50 % des recettes minières aux collectivités locales, l’embauche prioritaire des populations autochtones dans ce secteur d’activité, mais aussi l’arrêt de la « braderie » des permis d’exploitation de matières premières et la cessation des activités de recherche dans les zones d’élevage.
La tension est montée d’un cran, en juillet 2007, lorsque le MNJ a pris en otage un cadre de la compagnie chinoise China Nuclear International Uranium Corporation (Sino-Uranium). Il a alors appelé tous les pays étrangers à évacuer leurs ressortissants présents au Niger « pour des raisons de prospection ou d’exploitation des ressources minières ».
Le Niger est le troisième exportateur mondial d’uranium. Sa production annuelle, évaluée à trois mille trois cents tonnes, représente 48 % de ses recettes d’exportation. En 2003, après vingt ans de baisse, les cours de l’uranium repartent à la hausse : la croissance de la demande mondiale d’électricité et la logique de réduction des émissions de gaz à effet de serre promettent un bel avenir au nucléaire civil (2). A l’horizon 2030, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) prévoit une augmentation d’au moins 20 % de la puissance nucléaire installée dans le monde (83 % selon la « projection haute »). D’après la World Nuclear Association (WNA), en plus des trente-quatre réacteurs électronucléaires en construction, quatre-vingt-treize autres sont prévus, principalement en Chine, en Inde, au Japon et en Russie. Les besoins accrus en combustible nucléaire, ainsi que la perspective de l’épuisement de ses ressources dites « secondaires » (notamment l’uranium militaire reconverti), relancent l’exploration et l’extraction minière de l’uranium naturel.
Riche en uranium, le Niger est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde (cent soixante-quatorzième sur cent soixante-dix-sept sur l’échelle du développement humain) et doit régulièrement faire face à de graves crises alimentaires. Niamey présente l’intérêt renouvelé pour le combustible nucléaire comme un atout sans précédent dans la « bataille du développement économique et social (3) ».
Pour augmenter les recettes minières du Niger, le président Mamadou Tandja diversifie les partenaires. L’uranium est exploité par deux sociétés franco-nigériennes dont Areva NC (4) est l’actionnaire majoritaire : la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), à 63,4 %, et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), à 34 %. Le 26 juin et le 25 juillet 2007, le responsable de la sécurité du géan